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Article publié le 20 décembre 2016.

La BCE finance les multinationales responsables du changement climatique

Après avoir inondé les banques de liquidités bon marché, voir gratuites, pour tenter de relancer une activité économique plombée par les politiques d’austérité, la BCE a décidé d’aller encore un peu plus loin dans ses mesures dites « non conventionnelles », aussi qualifiées d’assouplissement quantitatif (quantitative easing). Depuis le mois de juin 2016, elle achète directement des obligations d’entreprises, ce qui revient à leur accorder un prêt de longue durée à un taux d’intérêt d’autant plus intéressant que son intervention sur le marché a pour effet de faire monter la valeur des obligations qu’elle acquière et donc de faire baisser leur taux. À fin novembre, elle avait déjà dépensé 46 milliards d’euros pour ces achats et ce programme, qui court jusqu’à septembre 2017, devrait atteindre un total de 125 milliards.

Que la BCE, rompant ainsi avec l’orthodoxie monétariste, décide enfin d’utiliser sa création monétaire pour financer directement l’économie réelle est plutôt une bonne nouvelle …. à condition toutefois que ses financements portent sur des projets d’intérêt général et permettent de répondre aux besoins des populations et aux défis de l’époque. Or l’ONG Corporate Europe Observatory vient de montrer que ce n’est pas vraiment le cas.

Toujours aussi peu adeptes de la transparence, la BCE et les six Banques centrales nationales (allemande, belge, espagnole, finlandaise, française, italienne) qui lui servent d’opérateurs dans ce programme ne publient certes pas d’informations sur ses bénéficiaires. Mais en décryptant les numéros de code des obligations concernées, l’ONG a pu en dresser la liste, même si elle n’a pas pu déterminer les montants attribués à chacun. Et ce que révèle cette liste est particulièrement édifiant !

On constate d’abord que ces bénéficiaires sont de grandes multinationales, ce qui n’a rien de surprenant dans la mesure où l’expertise et les moyens nécessaires pour intervenir sur les marchés financiers n’est pas à la portée des PME.

Plus surprenant, et inquiétant, sont les secteurs où opèrent ces grandes entreprises. La BCE semble avoir fait le choix de privilégier les multinationales du pétrole et du gaz et les constructeurs automobiles. Manifestement la menace que fait peser le changement climatique sur notre avenir n’est pas un problème pour les autoritaires monétaires. Et la seule énergie alternative qu’elles soutiennent est l’énergie nucléaire. On trouve aussi parmi les bénéficiaires, notamment dans les achats de la Banque de France, les 3 grandes multinationales de l’eau que sont Suez, Vivendi et Veolia.

Le fait que certaines entreprises soient impliquées dans des scandales (Volkswagen, Thalès …), aient des pratiques contestables (Ryanair et son contournement du droit du travail) ou portent des projets suscitant de fortes oppositions des populations concernées ne semble pas non plus être un obstacle à l’obtention des fonds de la BCE.

Enfin, plus anecdotique mais tout aussi signifiant, l’industrie du luxe (LVMH) n’est pas oubliée par les grands argentiers.

Il est temps de remettre la BCE sous contrôle social si l’on veut que la création monétaire serve enfin à la création d’emplois, à la construction de logements, au développement des services publics et à la transition énergétique !

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