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Article publié le 6 avril 2017.

Front national : souveraineté populaire ou nationale ?

Le programme du FN est conforme aux recettes traditionnelles de l’extrême-droite : nous faire prendre la souveraineté nationale pour la souveraineté populaire ; faire diversion en dirigeant la juste colère des travailleurs vers l’étranger plutôt que vers les vrais responsables de la situation économique et sociale actuelle.

Dévaluer la monnaie pour dévaloriser le travail

Le FN veut une « monnaie nationale » pour pouvoir dévaluer la monnaie. Ainsi, le parti d’extrême-droite reprend à son compte l’analyse selon laquelle la dévaluation rend les produits nationaux moins chers par rapport aux produits étrangers, ce qui incite à réduire les importations, à produire dans le pays et, éventuellement, à exporter davantage.

Formidable ! Alors pourquoi sommes-nous opposés à une mesure de ce type ?
Dans l’optique des travailleurs, le problème fondamental quant à la dévaluation de la monnaie est le suivant : la dévaluation de la monnaie équivaut à une dévalorisation du travail. En effet, la valeur de l’heure travaillée en France sera diminuée par rapport aux autres pays. Par exemple, si une heure de travail en France permet d’acheter dix litres de pétrole brut, une dévaluation de 10 % signifie que l’heure de travail n’équivaut qu’à 9 litres du même pétrole. Par conséquent pour obtenir la même quantité de biens, on doit travailler plus. Il s’agit donc d’une dévalorisation du travail et d’une baisse du pouvoir d’achat des salariés.

De plus, la dévaluation de la monnaie risque aussi d’alourdir le poids de la dette publique, dont presque deux tiers est détenu par des individus, entreprises ou financiers qui se trouvent hors de la France.

Mais cette baisse n’est-elle pas nécessaire pour faire enfin reculer massivement le chômage ? Cette baisse massive et déguisée du salaire, ne fait que poursuivre et aggraver les politiques de gel et compression des salaires que l’on connaît depuis des décennies. Si ça ne fonctionne pas, c’est que l’on reste dans une logique de mise en concurrence entre les travailleurs. Avant de rapatrier les usines, les patrons exigeront des territoires hors de nos frontières une dévaluation monétaire qui annulera l’avantage compétitif d’une monnaie dévaluée. C’est un cercle vicieux sans fin d’appauvrissement généralisé qui s’est déjà produit dans l’Histoire.

Le FN attise ainsi l’hostilité et la mise en concurrence entre les travailleurs en entretenant la confusion entre la « souveraineté nationale » et la « souveraineté populaire ». L’extrême droite évacue de ce fait le problème fondamental, à savoir l’exploitation des travailleurs par les détenteurs de capitaux. Ainsi, il fait le silence sur la stratégie des firmes en général et particulièrement celle des groupes mondiaux qui organisent leurs activités en fonction d’un seul critère : la rentabilité du capital, appuyée sur l’optimisation fiscale.

Leur rêve d’une nation où les capitalistes nationaux exploitent tranquillement les travailleurs nationaux (et étrangers, dans la mesure où leur présence est indispensable pour faire fonctionner la machine capitaliste et mieux exploiter les travailleurs) serait un cauchemar pour tous les travailleurs. Car sous couvert « d’intérêt national » nous devrions tout accepter.

Défendre les intérêts des travailleurs implique de poser d’autres questions : sortir de la mise en concurrence et établir des coopérations permettant de tirer vers le haut les normes sociales et environnementales tant en France que dans les autres pays.

Défendre les intérêts des travailleurs suppose également des droits d’intervention pour les salariés et leurs représentants sur les choix stratégiques des entreprises, comme par hasard le FN s’y oppose.

Le FN prétend vouloir ramener à zéro le déficit du budget de l’État (dans son programme de 2012, l’horizon temporel pour cet objectif était 2018). Comment s’y prendrait-il ? En réduisant les dépenses publiques ! 70 milliards d’euros (chiffrage du programme 2012).

Comme dans d’autres domaines, le parti d’extrême-droite met en sourdine les problèmes fondamentaux comme une refonte du système fiscal au service de l’emploi, du développement économique et social et de la protection de l’environnement. Il ne dit rien non plus sur les milliards d’aides attribuées chaque année au patronat, ni d’ailleurs sur les dépenses militaires.

Il ne pose pas non plus la question fondamentale de la finalité de la dette publique. En effet, la question fondamentale demeure l’usage qui est fait de l’argent ainsi obtenu. Par exemple, l’État peut s’endetter pour financer une guerre, ce que fait l’État américain.

De même en ce qui concerne la « nationalisation de certaines banques » que propose le FN, le parti d’extrême-droite ne pose absolument pas la question fondamentale de la finalité de l’activité bancaire. Une banque nationalisée pourrait bien continuer à financer les activités de nature spéculative, ou à distribuer des crédits non en fonction de l’utilité sociale et environnementale des projets, mais uniquement sur la base de leur rentabilité attendue. C’est ce qu’ont fait les banques anglaises suite à leur nationalisation après la crise financière de 2008.

Dans l’optique des travailleurs, il ne suffit pas seulement de nationaliser certaines banques. L’enjeu fondamental demeure la finalité du financement bancaire. Défendre les travailleurs implique que l’ensemble du système bancaire soit mobilisé au service de l’emploi, de l’investissement productif et du développement solidaire des territoires. C’est le sens de la revendication CGT d’un pôle financier public.

Concernant la fiscalité, tous les Français seraient tenus de payer l’impôt sur le revenu, même « symboliquement ». Il est prévu une « grande réforme » qui réduira énormément le nombre d’impôts et surtout les taux marginaux (maximum) pour, en compensation, élargir l’assiette imposable des particuliers et des entreprises. Chacun devra s’acquitter de l’impôt sur le revenu, même symboliquement.

En quoi est-ce différent de ce que nous défendons ? Nous voulons que chacun paie l’impôt sur le revenu, mais pour lui redonner de la progressivité en augmentant les nombres de tranches vers le bas du barème mais surtout vers le haut, et pour lui redonner une place centrale dans le budget, place qu’il a perdue au fil des décennies.

Au final, en réduisant les impôts injustes, la CGT Finances propose un transfert de la fiscalité vers les plus riches, comme nous le démontrons par notre calculateur sur le site www.justicefiscale.fr.

Or, le FN veut « adapter » la France au dumping social et la rendre « plus attractive » pour les multinationales : « Nous voulons nous aligner sur la baisse de l’impôt sur les sociétés, comme au Royaume-Uni. » (Bernard Monot)

Cela veut donc dire une augmentation de la pression fiscale sur les plus pauvres, puisqu’ils seraient soumis à l’impôt sur le revenu sans qu’il y ait d’engagement précis sur une quelconque baisse des impôts indirects, notamment la TVA.

Conclusion : augmentation de la fiscalité pour les plus pauvres, baisse pour les entreprises et les plus riches !

Le FN escompte récupérer « 15 à 20 milliards d’euros annuels » de la lutte contre la fraude fiscale des entreprises. On peut en douter, compte tenu de son hostilité à l’égard de la Fonction publique et en particulier contre les agents des Finances publiques. Car pour lutter contre la fraude, il faut augmenter les moyens, surtout en termes de nombre de personnes chargées du contrôle, option que semble exclure le parti d’extrême-droite.

S’agissant des dépenses publiques, elles seraient à « moyen terme  » ramenées à 50 % du PIB. L’ensemble des dispositifs d’allégement des cotisations sociales serait fusionné et appliqués de manière dégressive (le CICE serait transformé en allégement de cotisation et entrerait dans le dispositif). Cet allégement serait conditionné au « maintien de l’emploi », et non pas à la création d’emplois !

Depuis quarante ans ces dispositifs s’accumulent sans aucun effet sur l’emploi, mais asphyxient la sécurité sociale. Ne nous trompons pas, la souveraineté nationale, n’est rien d’autre qu’une forme de souveraineté patronale, qui n’améliorera en rien notre situation, au contraire !

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