En Bolivie, le changement continue

Le 12 octobre 2014, Evo Morales a été réélu, au 1er tour et avec 61 % des voix, pour un 3e mandat à la présidence de la Bolivie. Son parti, le MAS (Mouvement vers le Socialisme), a également obtenu une large majorité dans les deux chambres du Parlement.

Il suffisait de parcourir le pays dans les jours précédant le scrutin pour réaliser que cette victoire ne faisait guère de doute. À écouter de nombreux Boliviens, deux mots caractérisent le bilan du premier président indigène : dignité et égalité.

Il a rendu leur dignité aux populations indigènes, majoritaires dans le pays mais jusqu’alors marginalisées, en les réintégrant dans la vie démocratique et en reconnaissant leur culture ; ce qu’a traduit la réforme constitutionnelle de 2009 et la définition de la Bolivie comme État plurinational.

Il a parallèlement mis en œuvre une politique qui traite chaque région, chaque communauté, chaque individu de la même façon. Les ressources tirées du sous-sol - la Bolivie détient les 2e réserves de gaz du sous-continent, les premières réserves de lithium du monde (35%), d’importantes ressources minières (fer, cuivre, étain, argent…) - ne profitent plus seulement à quelques régions et à une minorité. Elles sont utilisées pour construire les infrastructures permettant de désenclaver certaines régions, créer un réseau sanitaire ouvrant à tous l’accès aux soins, améliorer le système éducatif et mener une importante politique de redistribution.

C’est ce qu’a permis la réappropriation publique des ressources en hydrocarbures, dont les revenus vont désormais pour 75 % à l’État bolivien et 25 % aux multinationales, contre l’inverse auparavant. La Bolivie et l’ensemble des Boliviens ont pu ainsi profiter de la hausse des cours des matières premières.

En huit ans, le PIB a triplé, favorisant une baisse du taux de chômage (3,2 %) au plus bas niveau d’Amérique latine (mais l’emploi informel reste prédominant) tandis que la distribution d’allocations ciblées à près de 40 % de la population et la hausse des salaires se traduisaient par l’augmentation du pouvoir d’achat et l’amélioration de la vie quotidienne du plus grand nombre.

Loin des catastrophes annoncées par certains, cette politique a même fait l’objet d’un satisfecit du FMI (budget équilibré, inflation modérée, balance commerciale excédentaire, faible dette publique, importantes réserves de change...) et d’une évaluation positive des agences de notation, même si la Bolivie recourt très peu aux marchés financiers, ce qui l’a d’ailleurs protégée des effets de la crise.

Bien qu’au cours des deux premiers mandats d’Evo Morales le taux de pauvreté extrême (moins de 1 dollar/jour) ait reculé de 38 % à 19 %, la Bolivie demeure un pays pauvre. Si en ville, l’émergence d’une classe moyenne peut faire illusion, la situation dans les campagnes est encore souvent misérable (40 % d’extrême pauvreté). Et surtout, le pays reste confronté à des défis majeurs.

Sur le plan économique, il lui faut mieux tirer parti de ses ressources naturelles, c’est-à-dire à la fois exploiter celles qui le sont encore peu (lithium) et surtout mieux les valoriser afin de ne pas être simplement exportateur de matières premières. Un slogan de campagne du Président était de faire de la Bolivie le centre énergétique de l’Amérique latine.

Cet objectif n’est probablement pas irréaliste mais, tout comme la création d’une industrie de transformation, il suppose que la Bolivie puisse faire appel à des compétences et des financements extérieurs sans pour autant perdre la maîtrise de son développement. Le processus est amorcé : les exportations manufacturières surpassent depuis peu celles d’hydrocarbures, la Bolivie vend du gaz liquéfié et, sur un autre plan, une première usine de transformation de la quinoa, dont le pays est un des plus grands producteurs, va voir le jour.

Il est d’ailleurs à noter que la Banque centrale de Bolivie intervient directement dans le financement de ces projets. Les investissements directs étrangers sont également en nette progression. Mais les multinationales ont toujours du mal à accepter les conditions imposées par le gouvernement bolivien en matière de répartition des profits notamment (Bolloré a ainsi renoncé à l’exploitation du lithium). L’impact écologique de ces projets fait également débat.

Outre la nécessité de poursuivre les efforts en matière de lutte contre la pauvreté, d’éducation et de santé, la société bolivienne est également confrontée à de douloureux problèmes récurrents : le travail des enfants qui fait débat au sein du parti au pouvoir, les violences faites au femmes contre lesquelles une campagne est en cours et le narcotrafic qui se développe aux marges de la revalorisation de la culture de la coca impulsée par Evo Morales.

Quoiqu’il en soit, un président qui tient ses promesses et met en œuvre une autre politique qui réussit, voilà qui est porteur d’espoir. D’autant que ce processus de changement s’appuie sur un mouvement syndical et associatif fort, pleinement intégré dans une démarche politique menée sous le signe du « Bien vivre ».

La Bolivie en quelques chiffres

- Population : 10 millions d’habitants (9,1 hab/km²)
- Croissance démographique : 1,7 %
- Espérance de vie : 67 ans
- Mortalité infantile : 39,3/1000
- Taux d’alphabétisation : 95 %
- Taux de pauvreté (moins de 4 dollars/jour) : 43 %
- Taux de croissance du PIB : 6,8 % en 2013, 5,5 % en 2014
- Taux d’inflation : 5,7 %
- Dette publique : 18 % du PIB
- Réserves de change : 47 % du PIB

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